Comment définir une ‘blockchain’ ?

Sujet de plus en plus présent dans les médias, beaucoup d’entre nous ont entendu parler de la blockchain mais beaucoup peinent à en expliquer précisément le principe de fonctionnement.  L’essentiel  est de comprendre  la rupture de logique engendrée par son intégration en substitution aux mécanismes centralisés, jusqu’à maintenant omniprésents dans l’ensemble des systèmes qui régissent la vie économique (activités bancaires,  financières, assurances, immobilier et prestations notariales, commerce de biens, activités de ventes de service, etc…). Le point commun à tous ces systèmes repose sur la présence d’une tierce partie de confiance qui joue le rôle de centralisateur et de garant de la sécurité et de la réglementation.

A contrario, grâce à un protocole informatique construit autour d’un cryptage totalement sécurisé (clé cryptée qui demande la validation de tous les participants au système pour finaliser une transaction), la blockchain construit un système de confiance qui ne connait aucun précédent.

Les changements apportés par ce nouveau mode de fonctionnement, plus efficient parce que plus sécurisé, plus fluide et sans intermédiaire, vont  générer dans nos vies quotidiennes un bouleversement au moins  aussi radical que celui de l’émergence d’internet il y a vingt ans.

Cela ne s’est jamais produit avant : la blockchain permet l’exécution de transactions de confiance entre plusieurs parties, authentifiées par l’intervention collaborative de tous les participants et générées grâce aux interventions individuelles (rémunérées en conséquence) de la collectivité des acteurs.

La blockchain est une plateforme pour tous ceux qui recherchent de la transparence. D’un point de vue technique, il s’agit d’un programme ‘open source’ (code ouvert à tous). Il est possible à n’importe quel volontaire participant de le télécharger gratuitement, de l’exécuter et de l’utiliser pour développer de nouveaux outils  de gestion de transactions en ligne. Ainsi, il porte le potentiel de création sans limite de nouvelles applications et de possibilités jusqu’à présent non réalisées ; potentiel qui va énormément transformer les d’habitudes.

Autrement dit, la blockchain est un type de registre ouvert, pour lequel des centaines ou milliers d’ordinateurs génèrant une liste constamment en croissance (‘chaiîe’) de transactions horodatées et qui ne peut être altérée. Chaque nouvelle transaction est ajoutée à la chaine en tant que ‘bloc’. Le fonctionnement d’une blockchain est donc terriblement attractif et efficace car permet d’offrir un enregistrement ‘public’, vérifiable et sans contrefaçon.

Quelles conséquences de l’arrivée de la blockchain pour le secteur des services financiers ?

Le Golden 8 (1)

Huit couples de fonctions majeures et de parties prenantes  vont être radicalement transformées par la mise en place de blockchains au sein des différents services financiers :

  1. Authentification :   Elle est assurée et sécurisée par le système cryptographique. Elle intéresse les agences de notation, les producteurs et utilisateurs d’analyses de données – consommateurs, les fonctions marketing, la banque de détail et l’activité de banque commerciale en général, les réseaux de cartes de paiement, les régulateurs.
  2. Circulation de la monnaie et transactions bancaires : la blockchain optimise les paiements et les transferts d’argent. Ceux-ci vont voir leurs coûts ainsi que la vitesse de leur exécution se réduire fortement grâce à la suppression des intermédiaires actuels.

Les parties prenantes et acteurs impliqués sont donc principalement les banques de détail et la banque commerciale, les réseaux de cartes de paiement ainsi que tous les systèmes de paiement électronique actuels.

  1.  Enregistrement et réserve de valeur : les devises, les actifs réels (matières premières, métaux précieux, immobilier), les actifs financiers (dont les valeurs mobilières, les fonds monétaires, les bons du Trésor et les différents comptes-épargne ainsi que les comptes courants) sont tous des réserves de valeur. La combinaison d’une sécurisation des paiements avec une nouvelle forme de réserve de valeur (cryptographique) va réduire les besoins en services financiers traditionnels. L’utilitié des comptes courants et l’épargne bancaire peut être largement questionné.
  2. Activité de crédit : cartes de crédit, prêts hypothécaires et immobiliers, dette privée et obligations municipales aux USA, la dette d’Etat ou des grands émetteurs publics en Europe, les ABS vont subir l’impact blockchain qui permet d’émettre, traiter et assurer le règlement de ces opérations plus efficacement tout en réduisant le risque systémique grâce à la transparence. L’accès au crédit va être facilité, en particulier au bénéfice des consommateurs, des entrepreneurs et de l’ensemble des citoyens et acteurs qui ont un accès aujourd’hui difficile aux services bancaires. (attention à la sélection adverse)
  3. Transactions financières : la spéculation, la couverture et l’arbitrage, le débouclage des ordres et la réconciliation des opérations, la gestion des collatéraux et leur valorisation, le règlement des opérations et la fonction de dépositaire sont notoirement bouleversés par la blockchain en réduisant les temps de traitement de plusieurs jours à quelques minutes, voire secondes. Cette rapidité et efficacité de traitement vont également produire des opportunités pour les acteurs aujourd’hui ‘sous – bancarisés’ ou ‘non – bancarisés’ pour participer à de la création de valeur. Le secteur de l’investissement et des banques les traders sur devises, les hedge funds, les fonds de pension, le brokerage, les banques de clearings et dépositaires, l’ensemble des bourses et marchés de valeurs au comptant mais aussi de dérivés et de matières premières, les banques centrales et les régulateurs seront parties prenantes du bouleversement apporté à ces activités par la blockchain.
  4. Financement et investissement dans les sociétés et autres types d’actifs : la levée de capital, le versement des dividendes, des coupons obligataires et de toutes les formes de revenus de rentes vont aussi se voir améliorer par un nouveau modèle ‘peer – to -peer’ plus efficace, permettant l’enregistrement automatique d’opérations sur titres, de versement de revenus de toutes sortes à travers le développement de ‘smart contracts’.

Les parties prenantes seront outre les  banques d’investissement, les bourses de valeurs, le capital – risque, les acteurs du marché immobilier, de l’audit et du juridique financier, du crowdfunding et des régulateurs.

  1. Activité d’assurance et de gestion des risques : la protection des actifs et des biens, l’assurance dommages – santé et vie, les activités d’assurances en général, sont aussi concernées par cette mutation grâce à la transparence ‘réputationnelle’ procurée par la blockchain. En effet, les assureurs vont mieux estimer les risques actuariels et de ce fait développer un marché décentralisé du prix des assurances.
  2. Comptabilité : une nouvelle gouvernance est induite par la décentralisation blockchain. En effet, le registre ouvert à tous va permettre un travail d’audit et de reporting financier en temps réel, donc réactif et transparent, et va considérablement augmenter la capacité des régulateurs à observer et contrôler les opérations au sein de chaque société ou entité.

Exemple d’utilisation de la blockchain au bénéfice des entreprises françaises non cotées

A l’examen des fonctions de transaction et financement, l’intégration d’une blockchain est particulièrement adaptée à la tenue d’enregistrement, transferts et transactions de titres (actions et dettes) de sociétés non cotées. Il s’agit d’un domaine où l’arrivée d’une solution de ce type est très bienvenue, tant pour les ‘private deals’ que pour les plateformes de financement dans la mesure où car elle peut contribuer à une amélioration de la liquidité par une capacité du système à fournir une transparence des positions des actionnaires et des porteurs de dettes. C’est la raison pour laquelle une nouvelle réglementation ‘blockchain’ dédiée à la l’actionnariat et au transfert de titres est proposée en France pour les sociétés non cotées.

L’ordonnance n° 2017-1674 du 8 décembre 2017 (en vertu de la loi ‘loi Sapin 2’) fait que la France va devenir le premier pays en Europe e un des premiers au Monde à réguler l’enregistrement et le transfert de titres sous une forme électronique et partagée telle que la blockchain.

Cette ordonnance va modifier l’article L. 228-1 du Code de commerce et l’article  L. 211-3 du Code monétaire et financier pour permettre l’enregistrement électronique de la propriété de titres et leurs transferts  au travers un ‘dispositif d’enregistrement électronique partagé’  ou DEEP.

L’ordonnance s’applique ainsi à un ensemble de titres et valeurs mobilières : actions non cotés de sociétés, dettes privées (hors trading), actions ou parts de produits de gestion collective (organismes de placement collectif ou OPC).

Grâce à cette ordonnance, le Gouvernement français positionne au même niveau l’enregistrement traditionnel dans un registre ‘papier’ et l’enregistrement électronique par un DEEP. Ce faisant, l’ordonnance n’impose aucune nouvelle obligation mais offre une nouvelle alternative aux sociétés françaises.

Cette nouvelle réglementation doit maintenant voir le jour à la publication du décret d’application (1er juillet 2018). En attendant, plusieurs questions restent ouvertes, portant sur l’accessibilité, la vérification et la fiabilité du dispositif. Évidemment, la publication du décret d’application doit nous apporter plus d’éléments de réponse.

Voilà donc un bel exemple d’application et de ‘démocratisation’ de solution de technologie ‘blockchain’ qui doit voir le jour et qui sera suivie par d’autres. Enfin, grâce aux possibilités de la technologie ‘blockchain’, nous allons aussi assister à la fin rapide des longues séances de signatures des registres lors des réunions de ‘closing’ d’opérations de fusions- acquisitions ; un temps précieux sera ainsi épargné à tous les participants à ces transactions.

(1)  Golden 8 : Don et Alex Tapscott – ‘Blockchain Revolution’ – Portfolio Penguin 2016

(2) Minibons définis comme ‘bons de caisse’ émis par des plateformes de financement  

 

 

Posté par Yves Maillot - Consultant – Membre du Conseil Stratégique d’EDULIS

Yves MAILLOT apporte son expérience de 30 ans dans la gestion de portefeuilles actions, produits dérivés et comme directeur d’investissement, acquise au Crédit Commercial de France, à Barclays France et au sein du Groupe Robeco. Yves est passionné par le financement des entreprises.